Par Mélissa Béland
Le privilège de vivre comme je le veux aujourd’hui
Le bolide de course n’existe plus
Il fut un temps où je ne touchais plus terre, tant je passais d’une tâche à l’autre à toute vitesse. Rien n’allait assez vite et je n’étais jamais satisfaite. Je repoussais sans cesse le but ultime… et quand j’y arrivais : rien. Aucun sentiment de satisfaction, aucune gratitude. J’avais réussi et déjà, je choisissais un autre projet.
Je repartais comme une voiture de course vers la ligne d’arrivée, sans voir le chemin parcouru ni tout ce que je laissais derrière moi. Ce n’était qu’une quête pour occuper mon esprit. En fuyant la réalité, j’ai fini par percuter un mur, celui qui m’a brisée.
Ma quête d’excitation : un cercle vicieux
Tous s’entendaient pour dire que je carburais aux défis. Le véritable danger qui me guettait, c’était l’ennui.
Quand la stimulation disparaissait, je quittais mon emploi pour découvrir autre chose. Je remettais mon couple en question dès que la routine s’installait. Je me plongeais dans de nouvelles cuisines quand mes papilles n’étaient plus surprises.
J’avais ce besoin viscéral d’être stimulée intellectuellement, émotionnellement, sensoriellement, en continu.
Le problème avec ce type de comportement, c’est la roue qui tourne sans fin. Un cercle vicieux de décisions impulsives qui ne mène nulle part. Par peur de m’ennuyer, j’ai perdu de l’ancienneté, des salaires confortables… et j’ai même créé de faux remous dans mon couple, simplement pour sentir quelque chose.
J’avais peur de m’éteindre
L’une de mes plus grandes peurs était de ne plus réussir à créer, de perdre mon essence.
Prendre une pause pour recharger mes batteries ? Impensable. Et si, au lieu de me remplir d’énergie, je tombais à plat ?
Cette idée m’effrayait profondément.
Alors j’enchaînais les projets, les commandes, les créations à une vitesse qui ne me permettait plus de voir ni les étapes, ni les détails, ni même les résultats. Tout allait beaucoup trop vite.
Une phrase me tenait alors dans ses crocs :
Arrête de niaiser.
La perception d’une enfant blessée
J’ai longtemps cherché la reconnaissance de mes parents; bien trop longtemps.
Je voulais performer pour rendre ma mère fière. Diplômes, médailles, mentions, galas méritas, performances sportives… rien n’a vraiment suffi à combler ce que j’espérais recevoir.
Mon estime de moi était fragile, marquée par une dynamique familiale dysfonctionnelle. J’ai grandi dans l’insécurité.
J’ai développé un instinct de survie de guerrière. Cela m’a poussée à agir comme je le faisais : aller plus vite, tomber, me relever, repartir. Je voyais des combats partout et je voulais simplement les traverser, sans jamais m’y attarder.
Aller vite devenait alors la seule solution viable.
Ralentir pour réaliser ce que j’ai manqué
Il m’a fallu du temps et beaucoup de douleur pour comprendre que je faisais fausse route. Mon orgueil en a pris un coup.
Quand j’ai commencé à ralentir, pour ma santé et pour savourer chaque moment, la panique s’est installée. Comment avais-je pu vivre si longtemps en mode avance rapide, sans jamais m’arrêter pour respirer ?
J’ai raté tant de moments importants.
J’ai l’impression d’avoir marché pendant 35 ans avec des œillères, comme un cheval : ne voyant que ce qui était devant moi, ignorant tout le reste.
“Slow-preneur” : l’art de vivre à mon rythme
Aujourd’hui, j’ai 43 ans, et ralentir est devenu ma philosophie de vie.
De l’extérieur, on pourrait croire que je ne fais rien. Pourtant, depuis les dernières années, je construis la plus belle version de ma vie.
Je suis ancrée comme jamais. Là où je me présente, je suis pleinement là. Quand je prends la parole, je suis alignée, crédible, respectée. Quand je dépose mes mots, ils apaisent. Quand je crée, j’inspire.
Rien de tout cela n’aurait été possible au rythme d’une pilote de course.
Aujourd’hui, je sais prendre les virages sans trahir mes valeurs. Je sais ralentir pour ne pas écraser mes propres limites.
Depuis que j’ai adopté le slow living, j’accomplis des choses que je n’aurais jamais osé entreprendre auparavant. J’ai réalisé des rêves, comme publier un livre.
Je me sens profondément ancrée, tout en restant suffisamment souple pour ne plus me briser.
J’ai aussi créé un tableau de visualisation permanent. Je me libère des délais rigides. Je choisis mes projets avec intention et je les mène à terme en prenant le temps de savourer chaque étape.
Pour ne plus jamais m’oublier
Par moments, la sensation de vitesse me manque. L’ivresse d’avoir le pied au plancher, le vent qui pousse.
Mais je ne reviendrais pas en arrière.
J’ai appris à me connaître; mes croyances, mes besoins, mes limites.
Aujourd’hui, j’accueille chaque rythme avec bienveillance. Chaque projet demande de l’énergie, que je renouvelle grâce à la méditation, à la pleine conscience, à la nature et à l’art.
Je me suis fait une promesse : ne jamais replonger dans ce gouffre de vitesse.
Je veux me souvenir de chaque pas, de chaque parole.
Je veux me souvenir de mon chemin pour pouvoir le raconter.
Et surtout, je ne veux plus jamais confier mon bonheur à quelqu’un d’autre.
Parce que je ne veux plus jamais m’oublier.