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Je change de direction… sans encore savoir exactement où je m’en vais.

Un article écrit par :

LOGOS-RMA-3
Christine
Marcotte
Présidente du RMA

Par Christine Marcotte

Il y a quelque chose de particulièrement inconfortable à être une femme qui a toujours eu une vision et à soudainement ne plus être certaine de la direction. Pas parce que tout va mal. C’est presque ça, le plus déstabilisant. Il n’y a pas de catastrophe. Pas de grand mur dans lequel je viens de foncer. Pas de raison évidente de tout remettre en question. Juste une petite voix intérieure qui devient de plus en plus difficile à ignorer et qui me répète : « Je ne pense plus que tu veux aller là. »
 
Et merde.
 
Parce que j’étais organisée, moi. J’avais des plans. Des projets. Des calendriers. Probablement même quelques tableaux Excel quelque part pour prouver que tout était supposé fonctionner. J’ai bâti une bonne partie de ma vie autour de la rétroplanification. Je suis profondément convaincue qu’on peut partir d’une vision, regarder où on veut aller et revenir jusqu’à aujourd’hui pour déterminer les prochaines étapes. C’est même devenu une façon de vivre pour moi. Mais qu’est-ce qu’on fait quand ce n’est pas le chemin qui pose problème? Qu’est-ce qu’on fait quand c’est la destination elle-même qui commence à changer? C’est exactement là où je suis en ce moment.
 
Autrefois, je pense que j’aurais interprété cette incertitude comme un problème à régler rapidement. J’aurais cherché LA réponse. Le nouveau projet. Le nouveau plan. La nouvelle offre. Le prochain objectif qui me permettrait de remplir les petites cases vides de mon calendrier et de retrouver cette sensation extrêmement rassurante de savoir où je m’en vais. Parce que je suis bonne là-dedans.
 
Donnez-moi une destination et je vais trouver comment m’y rendre. Donnez-moi un projet et mon cerveau commence déjà à réfléchir à ce qui doit se passer trois mois avant son lancement.
 
Mais aujourd’hui, j’essaie quelque chose de complètement différent. J’essaie de ne pas remplir le vide trop rapidement. Et pour une fille capable de transformer une idée lancée sous la douche en projet avec un nom, un prix et une date de lancement avant même d’avoir déjeuné, je vous confirme que c’est tout un exercice. Je ne veux plus créer simplement parce que je suis capable de créer. Je ne veux plus dire oui simplement parce qu’une opportunité est bonne. Je ne veux plus maintenir quelque chose uniquement parce que ça fonctionne.
 
Je veux apprendre à me poser une question beaucoup plus confrontante : est-ce que j’ai encore envie de cette vie-là?
 
Pas : est-ce rentable? Pas : est-ce que les gens vont aimer? Pas : est-ce que je pourrais le vendre? Pas même : est-ce que ce serait une bonne idée? Est-ce que moi, j’en ai encore envie?
 
Cette question-là vient brasser beaucoup plus de choses que je l’aurais imaginé. Parce qu’il y a une différence immense entre abandonner quelque chose et choisir une nouvelle direction. Pourtant, pendant longtemps, les deux se ressemblaient beaucoup dans ma tête. Quand tu as investi du temps, de l’argent, de l’énergie et une partie de ton identité dans quelque chose, tu veux que ça fonctionne.
 
Et quand ça fonctionne, c’est encore plus difficile de remettre les choses en question. On nous donne beaucoup de raisons de quitter quelque chose qui échoue. Mais très peu de permissions de quitter, de transformer ou de réinventer quelque chose qui fonctionne simplement parce que nous avons changé.
 
Et peut-être que c’est exactement ce que je suis en train d’accepter : j’ai changé. Pas complètement. Je reconnais encore profondément la femme que je suis. J’aime toujours rassembler les gens. J’aime créer. J’aime provoquer des conversations. J’aime voir une femme arriver quelque part avec une question et repartir avec dix nouvelles possibilités.
 
J’aime les connexions humaines, les projets un peu fous, les grandes visions et ces moments où une simple rencontre peut complètement changer la suite d’une histoire. Tout ça est encore là. Mais la façon dont j’ai envie de le vivre évolue. Et plutôt que de demander à la nouvelle version de moi de continuer de porter exactement les mêmes choses que l’ancienne, j’ai envie de lui laisser un peu de place.
 
De l’écouter. De lui demander doucement : « Qu’est-ce que tu veux maintenant? » Le problème, c’est qu’elle ne répond pas toujours très clairement. J’aurais préféré une révélation spectaculaire, évidemment. Une belle réponse de l’Univers pendant une méditation. Une phrase lumineuse qui me dirait : « Christine, voici exactement ce que tu dois faire pour les cinq prochaines années. » Avec, idéalement, les dates importantes et les prévisions de revenus en annexe. Tant qu’à demander des signes, aussi bien être précise.
 
Mais non. Pour l’instant, j’ai surtout des sensations. Des choses qui m’attirent davantage. D’autres qui deviennent plus lourdes. Des projets qui m’allument encore profondément et d’autres devant lesquels je remarque que mon enthousiasme n’est plus exactement le même. Des envies que je n’avais pas avant. Des besoins qui prennent plus de place. Une définition du succès qui, elle aussi, est en train de changer.
 
Alors je remarque. J’écoute. Je teste. Je me questionne. Et surtout, j’essaie très fort de ne pas transformer immédiatement chacune de mes intuitions en plan d’affaires. Je commence aussi à me demander si l’incertitude est vraiment le vide que j’ai toujours cru qu’elle était. Peut-être qu’elle est plutôt un espace. Un espace entre deux versions de nous. Entre ce que nous avons construit et ce que nous construirons ensuite. Entre une direction qui nous a amenées exactement là où nous devions aller et une nouvelle qui commence tranquillement à se révéler.
 
Je réalise que j’ai passé une grande partie de ma vie à vouloir savoir. Savoir ce qui vient après. Savoir comment. Savoir quand. Savoir combien. Savoir si ça va fonctionner. Avoir un plan me sécurise. Savoir où je m’en vais me donne l’impression que je peux tout gérer. Mais il existe peut-être des saisons où la vie ne nous demande pas de savoir. Elle nous demande d’écouter. Et ça, pour moi, c’est probablement l’une des formes de confiance les plus difficiles. Continuer d’avancer sans avoir besoin de voir toute la route. Accepter que je puisse être exactement à la bonne place même si je suis incapable de dire précisément où cette place va me mener.
 
Alors oui, je change de direction. Je ne peux simplement pas encore vous donner l’adresse exacte de la destination. Et étrangement, je commence à être correcte avec ça. Je sais ce que je veux apporter avec moi. Les humains. La connexion. La liberté. La création. Les conversations profondes. Les projets qui ont du sens. Ma famille. Mes idées beaucoup trop grandes. Mon intuition. Mon cœur. Et cette capacité que j’ai toujours eue à voir des possibilités là où d’autres voient des obstacles. Le reste, je suis en train de le découvrir.
 
Peut-être que dans six mois, je relirai ces mots en sachant exactement ce qui était en train de naître pendant que je les écrivais. Peut-être que je vais sourire en me disant : « Mon Dieu que c’était évident. » Peut-être aussi que la destination aura encore changé trois fois d’ici là. Ce qui, considérant qui je suis, demeure une possibilité statistiquement assez élevée.
 
Mais aujourd’hui, ça ne m’intéresse plus autant d’avoir la réponse immédiatement. Aujourd’hui, je suis entre deux directions. Je ne suis plus tout à fait là où j’étais, mais je ne suis pas encore complètement arrivée ailleurs. Et pour la première fois, plutôt que de courir pour choisir la prochaine destination, j’ai envie de rester ici juste assez longtemps pour entendre ce que cette incertitude essaie de me dire. Parce que peut-être que changer de direction ne veut pas dire qu’on s’est trompée de chemin. Peut-être que ça veut simplement dire que le chemin nous a changée.

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